Jour J raconté à mon fils

Mon boucan,

Il est de ces événements que l’on ne peut pas prévoir…

12 mois sont passés et la nostalgie me gagne. Le jour de ton premier anniversaire je vais rire mais je vais aussi pleurer. Pleurer de joie, pleurer pour toi, toi qui m’a fait si grandir.

12 mois sont passés mais je n’ai rien oublié. Rien oublié de cette rencontre, programmée mais si inattendue.

Tu es l’inattendu. Tu es la surprise. Je ne suis pas en mesure de décrire parfaitement ton caractère qui se dessine, mais si je devais emprunter un seul mot pour t’en faire cadeau, ce serait saisissement.

Le saisissement,

Parce que notre histoire n’était pas écrite et que tu nous as réservé une belle surprise,

Parce tu m’auras évité l’angoisse des mois qui défilent sans mélodieuse nouvelle,

Parce que tu es venu te nicher au creux de mon ventre aux douces chaleurs de l’été,

Parce que tu as déjoué tous nos plans pour nous laisser entrevoir cette nouvelle famille,

 

Nous sommes le 6 septembre 2017, notre première échographie, je te sais au creux de moi depuis 15 jours et pourtant tu es là depuis 70 jours déjà…

Le saisissement,

Parce que je me suis persuadée de n’avoir que des filles,

Parce que je ne me sentais pas capable d’élever un garçon,

Parce que j’avais peur de mal faire,

Parce que j’avais besoin de ma zone de confort,

 

Nous sommes le 28 septembre, le Dr me dit « oh il semblerait que ce soit une fille »…. « Ah non ! c’est un garçon ! »…

 

Le saisissement,

Parce que tu auras eu raison de mes émotions,

Parce que tu m’auras fait visiter tout le panel de sensations,

Parce que tu ne m’auras laissé que 2 mois d’euphorie et de légèreté avant de connaitre l’angoisse et la peur.

 

Nous sommes le 23 novembre, je viens de fêter mes 29 printemps et l’échographie montre une anomalie. Les rendez-vous s’enchaînent, les jours passent, l’angoisse monte. Le cardio-pédiatre est rassurant mais vigilant. Dilatation anormale de l’aorte, bicuspidie, anévrisme. Les mots se suivent, se mélangent et s’évaporent…

 

Le saisissement,

Parce que cette aventure est unique, tu l’as rendu inoubliable.

Parce que j’ai parcouru le net 100 heures et suivi 10 cours de préparation à l’accouchement,

Parce que j’ai assisté à 3 séances d’acupuncture et participé à 2 séances d’auto-hypnose,

Parce que j’ai avalé 2 protocoles d’homéopathie et que le jour du terme tu n’étais toujours pas là.

 

Nous sommes le 25 mars 2018, le jour du terme, l’estomac noué j’appelle, fébrile, la maternité. J’avais tant imaginé ce jour. De 1000 façons différentes. Et notre rencontre 1000 fois encore. J’ai pleuré à chaque fois. Mais pas celle-ci, pas comme ça. Je nous fais confiance mais la peur surpasse tout. Il faut que je sois forte, pour toi, pour moi, pour nous. Ta sœur, si petite encore, me dit « Ça va aller maman.. » alors j’essaie de faire face mais l’émotion est trop grande. Il est 14h, je suis à la clinique, le monitoring débute, les contractions sont régulières mais ton rythme cardiaque est lui, irrégulier. Je suis en hypoglycémie. Les contractions s’arrêtent, je dois me détendre, je dois manger, papa est là. Mon soutien. 17h00, nouveau monitoring. Les contractions reprennent, ton rythme cardiaque est mieux mais la décision est prise. Ta venue sera déclenchée, notre rencontre est programmée. Nous rentrons à la maison, il est 19h et j’ai le cœur lourd. Jade me serre si fort et j’espère encore secrètement que la nuit nous réserve un départ soudain. Rien.

 

Le saisissement,

Parce que j’ai culpabilisé de manquer de moyens,

Parce que je me suis accusée de ne pas être assez rassurante.

Parce que j’aurais aimé hurlé à ton papa « dépêche-toi ! »

Parce qu’on a dû faire le deuil d’un départ précipité, d’une montée d’adrénaline, d’un instant de panique, de cette excitation latente.

 

Nous sommes le 26 mars 2018, la nuit était calme, mes yeux sont embués. Papa reste auprès de moi, Jade est à la crèche. Il est 8h,  nous retournons à la clinique et je m’accroche à ta santé, ma priorité, pour ne pas craquer. Sur le moniteur, ton tracé est meilleur mais aucun risque ne veut être pris. Le col est long, ouvert à 2. Toi, moi, dans le même bateau, notre rencontre sera déclenchée par un tampon nommé PROPESS. Je dois revenir ce soir. Chaque jour une info, chaque jour une attente.  Il est 11h je rentre à la maison, seule. Papa est retourné au travail, on est lundi, mais je n’ai pas le cœur à être seule, mais je n’ai pas le cœur à être accompagnée. Alors je me balade dans un parc, je te murmure des choses, tu me réponds de ton pied. Il est 22h, on est de retour à la clinique. Jade est chez papi et mamie, la gamelle du chat est remplie, papa est auprès de moi. Cette fois je ne rentrerai pas sans toi. Une salle de pré-travail, un monitoring calme, une sage-femme adorable, une douche réconfortante et je m’endors rapidement. Cette nuit est la dernière avant notre rencontre.

Le saisissement,

Parce que je voulais te rencontrer mais pas te partager.

Parce que cet accouchement était déclenché mais si inattendu,

Parce qu’il était programmé mais qu’il m’a déstabilisé.

Parce que je me suis promise qu’on y arriverait

 

Nous sommes le 27 mars 2018, il est 4h45 et on me sort des bras de Morphée pour ce déclenchement si redouté. La sage-femme n’est plus la même qu’hier mais tout aussi douce. Cette bienveillance. Elle se laisse aller aux jeux des questions, j’en ai beaucoup. Trop. Il fait chaud dans la salle et papa est toujours endormi sur sa chaise lit. Il est 5h30, les contractions débutent doucement sous monitoring. Il est 7h, le monitoring se termine, le tampon propess est enlevé, les contractions s’arrêtent. Alors je marche dans les étages de la maternité et les larmes coulent à chaque petit cri entendu des bébés déjà nés. J’aimerai entendre ta voix. Les copines demandent des nouvelles, j’envoie un selfie et elle mes disent gentillement que je suis belle. Je me trouve seulement impatiente. Un nouveau monitoring, il est 12h et les contractions reprennent. Ton rythme cardiaque est bon, quel soulagement. Le col montre un raccourcissement, on va y arriver ! Il faut que tu descendes ! C’est le moment d’user et abuser de danse de la joie ! Aujourd’hui Jade est à la crèche, papa retourne à la maison prendre une douche, Jazouille dort sur le canapé et moi je danse, je marche, je m’active car la famille n’est pas au complet sans toi. Il est 14h, papa revient, je craque, je pleure, je ris, je pleure encore et je sens une contraction… Il est 15h et les contractions sont régulières… enfin ! On danse, on marche, on bouge, je tombe ! Oui oui, je tombe ! Et on a un beau fou rire ! Il est 17h, je suis ouverte à 3, les contractions sont espacées de 5 min. Il est 20h, 5h de contractions régulières, l’auto hypnose m’aide à gérer la douleur, je fatigue, je me motive, je suis si heureuse. Il est 22h30, la douleur est de plus en plus intense, 7h30 de contractions toutes les 5min, je fatigue, je me motive, je suis si heureuse, je refuse la péridurale et on me dit que je suis ouverte à 4… alors je pleure encore un peu.

Le saisissement,

Parce que l’adepte du contrôle l’a perdu

Parce que tu es une révélation

Parce que tu es mon évidence

Parce qu’une tornade d’émotions traverse nos vies…

 

Nous sommes le 28 mars 2018, il est 1h. 9h de contractions. Maintenant toutes les 3 min. J’ai mal. Je cri. Je pleure. Je souffle. Je pleure encore. Je refuse la péridurale. Je suis ouverte à 5. Papa m’encourage, mais je craque. Je demande la péridurale et passe en salle d’accouchement. Le soulagement… On pense pouvoir dormir, papa pense que je m’endors… Je fais un malaise. Ton rythme cardiaque ralentit, l’équipe s’agite, papa n’est plus dans la salle. Je suis embuée, je ne comprends pas, le temps s’arrête et pourtant tout s’accélère. On perce la poche des eaux, on débute une perfusion, je suis cette spectatrice émoussée. Il est 1h30, papa revient dans la salle, sonné ou étonné. Il s’est absenté 5 min non ? Beaucoup de chose se passe le temps d’un café. Il est 2h, je suis embarrassée. Ça pousse… mon dieu que je suis gênée. Papa appelle la sage-femme qui me dit « Bébé est là ! »… Quoi ? Mon col a lâché et gagné 5 cm en 45 min ! On me demande d’attendre, de ne pas pousser. Mon docteur n’est pas de garde mais il est là. Si rassurant. Il est 2h36, je commence à pousser et papa me dit « à 2h40, ton fils est dans tes bras »

 « Il y a des souvenirs qui ne demandent pas la mémoire, on les porte en soi comme un parfum qui vous colle à la peau, tant les notes de cœur et de fond ont enivré l’âme, d’une empreinte olfactive à jamais… «  Éclats de vers – Sur la feuille de mes pensées.

Le saisissement,

Parce que nous sommes le 28 mars 2018, il est 2h39 … et tu es là.

A toi, mon petit boucan.

12 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Estelle dit :

    T’es mots sont toujours si beau. C’est un merveilleux cadeau que tu viens de faire à ton petit bonhomme. Bel anniversaire petit Marceau ❤️

    Aimé par 1 personne

    1. ChereGemme dit :

      Oh merci beaucoup… j’ai mis du temps à faire cette lettre. Je l’ai repoussé. Je crois que j’avais besoin de temps pour accepter. Et finalement cela m’a fait du bien de me replonger dans ces souvenirs ♥️

      J'aime

  2. Estelle dit :

    Ah les fautes ces cadeau ! Merci l’iphone 🤦🏼‍♀️

    Aimé par 1 personne

  3. Anonyme dit :

    Comme à chaque fois ton texte me bouleverse et je’pleure ! Bon anniversaire à vous deux car chaque naissance est aussi notre naissance de maman. Tu me transporte à chaque fois dans tes écris merci !
    J’oublierai jamais quand on est venu me dire « on vous descend au bloc pour une césarienne bébé va pas bien » j’en pleure encore …. de ces 20 minutes aussi où elle etait plus en moi et où je ne savais pas si elle allait vivre et qu’on me répondais « on fait au mieux pour vous et elle »…. un accouchement nous fait passé des émotions de folie… je sais pas si un jour j’arriverai à en parler sans pleurer…

    Aimé par 1 personne

    1. ChereGemme dit :

      Je ne pense pas vivre des émotions aussi fortes que celles de mon accouchement. C’est une telle prouesse de notre corps et de notre esprits. Et cette rencontre… la plus belle ♥️♥️

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  4. Ninoute dit :

    très bel article! J’ai accouché il y 8 mois et j’ai déjà pas mal de trous de mémoire… quel bonheur de pouvoir prendre notre bébé dans nos bras, on en oublie presque la douleur. Bravo d’avoir patienté tant de temps avant la péri!

    Aimé par 1 personne

    1. ChereGemme dit :

      Merci! J’aurai aimé accoucher sans péridurale mais sans m’être réellement préparé pour le faire. Je pense qu’avec un déclenchement et toute l’anxiété que cela provoque je n’étais pas dans de super condition mais je suis tout de même contente 😊

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      1. Ninoute dit :

        rien qu’avoir eu envie d’accoucher sans péridurale c’est courageux! J’aurai jamais pu! 😉

        Aimé par 1 personne

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