Allergie Arachide – Diagnostic, Test, Traitement

Jade et ses allergies alimentaires

Sur un air de « ça s’en va et ça revient »

Nous avions passé une belle année à jongler entre le smecta, le tiorfan et les levures avant de découvrir (non sans mal) l’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) et l’intolérance au gluten de Jade (que j’avais résumé ici… ) puis nous le savions, l’évolution d’une allergie se fait sur un air de « ça s’en va et ça revient ». Nourrisson sous forme d’eczéma et maintenant sous forme d’asthme. Nous avons pu réintroduire le lait progressivement et le gluten aussi (article ici). Nous pensions être sortie de toutes ces restrictions alimentaires et cette vigilance quotidienne (le décryptage d’étiquette est devenue un automatisme). Pourtant…

A l’aube de sa première rentrée scolaire, apéro estival oblige, et dégustation de Curly en prime, Jade est prise de quintes de toux. Des boutons apparaissent. Sa bouche enfle.  Le responsable est sous nos yeux et facilement identifiable (peut être un jour je remercierai mes années d’entrainement au Cluedo) : la cacahuète. L’un des ingrédient des curly.

Car oui, on le savait, une personne allergique est atopique. Jade a un terrain allergique et son organisme développe plus facilement de nouvelles allergies lorsqu’elle est en contact avec de nouveaux allergènes.

Les manifestations de son allergie

Evidemment une allergie peut se manifester différemment selon les personnes et avec une intensité plus ou moins importante. Petite (avant ses 1 an), Jade faisait beaucoup d’eczéma (dermatite atopique) qui n’a malheureusement pas alerté notre médecin de l’époque pour suspecté une allergie alimentaire. Pour information, la moitié des enfants atteints d’un eczéma sévère présenterait une allergie alimentaire (source allergie.net). Puis, en grandissant, l’allergie alimentaire s’exprime de moins en moins souvent par de l’eczéma. Ce qui a finalement alerté notre médecin était les signes digestifs : des diarrhées pendant une année entière malgré les traitements entrepris et une cassure de sa courbe de poids.

Lors de son contact à la cacahuète (un peu avant ses 3 ans), Jade a eu 3 types de manifestations :

Elle a commencé par tousser. Beaucoup. Sans interruption. Des quintes de toux si rapprochées que l’on a pensé qu’elle s’amusait à tousser. Puis cela ne passait pas, et elle ne rigolait pas non plus. On lui a donné à boire, on lui a beaucoup parlé. Elle faisait de l’asthme (Je fais de l’asthme allergique et pourtant je ne l’ai pas reconnu).  Puis ça s’est calmé. A ce moment, on ne pensait pas encore à une allergie mais plutôt à une fausse route.

Quelques minutes plus tard, Jade est devenue rouge tout autour de la bouche. Elle commençait à avoir une réaction cutanée importante sous forme d’urticaire. Des éruptions ressemblant à des piqûres d’orties.

Enfin, Les lèvres se mirent à gonfler. Le fameux œdème de Quincke. Nous n’avions aucun traitement sur place, ni aucune connaissance pour savoir comment réagir. Bien heureusement l’œdème n’était pas laryngé mais se localisait seulement sur les lèvres. Notre appel au médecin nous a d’ailleurs rassuré.

L’œdème laryngé est un gonflement du larynx qui modifie la voix. Provoque des difficultés respiratoires. Et dans des cas extrême l’étouffement. Ce signe n’est pas fréquent chez les moins de 6 ans. Mais nous avons tous en tête ce type de réaction allergique. Et ça fait peur.

La réaction de Jade n’était finalement pas si sévère (bien qu’impressionnante). Mais un rendez-vous chez l’allergologue s’imposait pour 1) avoir un diagnostic établit de l’allergie 2) Préparer sa rentrée scolaire sereinement.

Diagnostic de l’allergie

Enquête allergique et tests cutanés

Ce qui est « drôle » c’est que lorsque nous suspections une allergie aux protéines de lait de vache lorsque Jade avait 12 mois, elle avait réalisé une prise de sang qui indiquait qu’elle était allergique à un groupe d’allergènes comprenant le blanc d’oeuf, le lait de vache, les arachides et la moutarde… ^^

De retour chez l’allergologue, l’enquête allergique était vite menée et le responsable vite identifié. La cacahuète était le seul aliment que Jade n’avait jamais goûté et qui était présent sur la table lors de l’apéritif. Les tests cutanés (appelés prick tests) allaient en revanche confirmer l’allergie et la spécifier d’avantage tout en décelant d’éventuelles allergies croisées.

Les prick tests (que Jade avait également eu lors de la recherche d’allergie au lait et gluten) sont pratiqués avec des extraits purifiés d’allergènes (Pour Jade : Arachide, Pistache, Noix du Brésil, Noix, Lupin, Noix de Cajou, Noix de Pécan). Une goutte d’allergène est déposée sur le bras (des annotations sont indiqués au stylo bille pour repérer où sont posées les gouttes d’allergènes). Puis à l’aide d’une lancette, l’allergologue vient piquer le bras à travers la goutte pour faire pénétrer un peu d’allergène. Jade n’a jamais eu mal pendant les prick-tests. Ni à 12 mois ni à 3 ans. 15 min plus tard le résultat est déjà visible, il y a une réaction allergique si un petit bouton comme une piqûre d’ortie se forme. Pour valider le test, l’allergologue vérifie également les témoins. Le témoin positif permet de vérifier que la peau réagit bien en utilisant un produit auquel tout individu réagit (on doit forcément avoir un bouton). Le témoin négatif s’assure que la peau ne réagit pas à tout (hypersensible).

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Le test est facile a réaliser, fiable, n’est pas douloureux et ne laisse pas de marque. En quelques heures les boutons disparaissent et il n’y a pas de risque de déclencher une grosse réaction allergique avec de l’asthme ou de l’eczéma.

Allergie à la cacahuète, et c’est tout ?

Jade a finalement de la chance.

Jade est allergique à la cacahuète (appelée aussi Arachide) de la famille des légumineuses (comme le soja, les pois, les lentilles, les fèves, les haricots et le lupin). Les allergies croisées avec les différentes légumineuses est rare (sauf le lupin). Et elle n’en a pas.

En revanche, souvent (dans 50% des cas), l’allergie à l’arachide est associée à une allergie aux fruits à coque (noix, noisette, amande, pistache, pignon, noix de cajou, noix du Brésil…). Mais elle n’en a pas non plus.

Pour finir, certaines personnes allergiques aux arachides ne peuvent pas tolérer certaines huiles d’arachide non raffinées qui contiennent des allergènes de la cacahuète en infime quantité. Et là aussi, il n’y a pas d’intolérance pour Jade.

Allergie et Prévention

Éviction de la cacahuète

L’éviction de  l’allergène (ici l’arachide) est pour le moment la seule mesure efficace pour prévenir une réaction allergique. Pas de traitement préventif. Le degré d’éviction de la cacahuète est variable d’un allergique à l’autre. Evidemment.

Je pense qu’on connait tous l’arachide surtout sous forme grillée et salée sur la table basse en apéritif, mais il est tout de même nécessaire de vérifier la composition des aliments consommés car l’arachide peut se trouver dans divers produits industriels de façon plus ou moins masquées (céréales, gâteaux, pains, glaces, charcuteries…)

Il est ainsi nécessaire de supprimer :

  • Les cacahuètes grillées, salées
  • Le beurre de cacahuète,
  • Des confiseries connues à base de cacahuète (M&M’s, Snickers…)

Mais également être vigilants avec :

  • Les pâtisseries, céréales ou glaces surtout en dehors de France où la cacahuète est beaucoup plus consommée (shortbread, nougat chinois, certains gâteaux marocains, les topping sur les glaces comme les sunday)
  • Les gâteaux apéritifs (comme les Curly)
  • Les plats frits (l’huile de friture peut se  « charger » en protéines d’arachide lors d’une friture d’un aliment à l’arachide et contaminer les aliments qui sont cuits après)
  • Les plats asiatiques (Sauce sichuannaise ou du Sichuan ou du Szechuan, le nougat chinois, les rouleaux impériaux ou chinois scellés avec du beurre d’arachide)
  • La cuisines créoles (J’ai le Punch en tête même si c’est pour plus tard ahah !)
  • Les plats pour lesquels on s’est juste contenté d’enlever l’aliment interdit avant de le servir
  • L’huile d’arachide et l’huile d’arachide pressée à froid

Heureusement en revanche, il est rare d’avoir à supprimer les aliments où il est noté « traces éventuelles…« , « pouvant contenir... », « fabriqués dans un atelier qui utilise… » et encore plus d’avoir à supprimer l’huile d’arachide.

Au quotidien, l’éviction est assez simple à respecter (nous avions beaucoup plus de contraintes avec l’allergie au lait et a gluten) mais on n’y pense pas toujours, il est faut aussi être vigilant avec certains produits comme :

  • Les shampooings et préparations pharmaceutiques à base d’huile d’arachide.
  • Les pièges à fourmis et souris
  • Les graines à oiseaux
  • Les aliments en poudre pour poissons
  • Les appâts de pêcheur

Enfin, il est toujours d’avoir à l’esprit tous les noms que l’on utilise pour désigner la cacahuète afin de l’identifier avec plus facilement : Cacahuète, Arachide, Valencias, Noix de Valence, Noix de Valentia, Mani (dans les pays hispanophones), Pistache de terre (en Afrique), la pinotte (au Québec), Noix de Mandelona (Nom donné à l’arachide une fois décolorée et désaromatisée puis placée dans des moules afin de ressembler à d’autres sortes de noix), Pois de terre, Peanuts (dans les pays anglophones) et toutes les traductions dans les autres langues…

Responsabiliser et Protéger son enfant

Dès tout petit (2 ou 3 ans) nos enfants peuvent apprendre à faire attention. L’allergie fait partie intégrante de leur quotidien alors il n’est pas question de dramatiser la situation et de les alarmer mais il n’est pas question non plus de les sur-protéger ou de leur cacher la réalité. Ils doivent savoir pour comprendre, pour prendre conscience. Ils doivent savoir que c’est important, que c’est dangereux et que ça peut être grave. Plus on est transparent et sereins, plus ils le seront également avec leur allergie.

On peut s’aider de livre si on ne trouve pas les mots. Dans le livre « Les allergies » le Dr Catherine Dolto dit « Les allergies, c’est quand notre corps se fâche. Il n’accepte pas quelque chose qu’on respire, qu’on mange, qu’on touche »

J’avais peur que Jade se sente exclue. Elle ne peut pas manger la même chose que ses camarades (panier repas préparé à la maison pour la cantine), partager un goûté d’anniversaire ou un atelier cuisine à l’école ? On a surtout dû lui donner des explications, des mots et des outils qu’elle peut également utiliser pour l’expliquer à son tour à ses camarades. Pour cela on a adoré le livre de Delphine Huguet « Les allergies alimentaires« , un livre que Jade peut, de temps en temps, emmener en classe pour aborder le sujet des allergies avec ses copains.

Gabriel est allergique aux cacahuètes. Être allergique, ce n’est pas toujours facile à vivre. Il faut faire attention à ce que l’on mange, à la maison mais aussi à la cantine ou chez les amis. Un documentaire qui aide à comprendre ce qu’est une allergie, ce qu’il faut faire en cas de crise, quelles sont les différentes allergies dont on peut être atteint, et enfin comment se soigner et vivre avec.

Crèche, Ecole, Cantine, Périscolaire

J’en suis convaincue, la communication est notre arme bien plus que les restrictions et interdictions. Jade est sensibilisée à son allergie évidemment mais elle est encore petite et le personnel qui l’encadre pendant ses activités scolaires et périscolaires doivent se sentir concernées et de faire le relais à toutes personnes la prenant en charge.

Pour nous aider, tous, un projet d’accueil individualisé – PAI peut être élaboré à l’initiative des parents et sur les données de l’allergologue  comme cadre de référence à toutes les structures collectives (restauration scolaire, temps scolaire, garderie).

Ce PAI explique et résume tout. Rédigé conjointement avec le médecin de PMI, le directeur de l’école, le responsable de la restauration scolaire et les parents, il précise :

  • Dans un volet pédagogique : le régime alimentaire (éviction de la cacahuète), la mise en place de panier repas (suivant la mairie), la vigilance à apporter aux goûters d’anniversaire, aux ateliers cuisine ou autres événements spécifiques ;
  • Dans un volet médical : le protocole d’urgence à adopter en cas de réaction allergique (le personnel de l’équipe éducative et le personnel de la municipalité n’ont le doit de donner un médicament que dans le cadre d’un PAI. D’où son importance) et les personnes à prévenir.

La bonne mise place et la communication de ce PAI à l’ensemble du personnel impliqué dans les temps scolaires et périscolaires conduit dans la majorité des cas à ne pas avoir à se servir du protocole médical.

Nous avons fourni à l’école et la municipalité 2 trousses de secours : 1 trousse réservée à la restauration scolaire (locaux différent de l’école) et 1 trousse pour le temps scolaire et périscolaire (partageant les mêmes locaux). Pour améliorer la visibilité et la communication sur son allergie nous avons personnalisé ses trousses d’urgence (réalisées maison à moindre coût, je vous met le lien ici). On a également apposé des étiquettes « Allergie » sur ses paniers repas et boites à goûté que l’on a prises chez Ludilabel (pack d’étiquettes pour signaler les allergies alimentaires). C’est visuel, ça attire l’attention.

Malgré cela, je peux vous dire par expérience qu’il ne faut pas hésiter à poser régulièrement des questions aux personnels. En début d’année, en cours d’année, pour les sorties scolaires. Lors de sa première année, à 3 semaines de la rédaction du PAI, dont 3 semaines de temps scolaire, 3 semaines de restauration et 3 semaines de garderie, le personnel de la municipalité (garderie du soir) était l’incapacité de me préciser où se trouve la trousse de secours de Jade dans l’enceinte de l’école…  Supprimer les repas scolaire (en apportant un panier repas) ne doit en aucun cas déresponsabiliser le personnel de la procédure d’urgence. Jade est inscrite à la garderie du soir 3 fois par semaine. 3 fois par semaine elle prend son goûter en présence d’une trentaine d’enfants dont les goûters sont faits maison et pouvant contenir de la cacahuète. Le risque existe.

Allergie et Traitement

La trousse d’urgence

A avoir partout. Tout le temps. Une balade au parc, une sortie en ville, un repas dans la famille, un apéro avec les amis… A l’école, à la piscine, au judo, à la musique…

A l’intérieur, le traitement d’urgence ainsi que le protocole. Suivant les réactions allergiques passées, le traitement diffère d’une personne à une autre. Certains n’ont que des antihistaminiques. D’autres comme Jade qui ont fait de l’asthme ont également un broncho-dilatateur (avec une chambre d’inhalation car Jade ne sait pas encore utiliser son broncho-dilatateur seule). Et d’autres encore ont également un stylo auto-injecteur d’adrénaline en cas de chocs anaphylactiques.

Cela doit devenir un automatisme. La trousse de secours doit suivre notre enfant partout (on a eu des loupés) et être mise à jour annuellement (on ne pense pas forcément à vérifier les dates de péremptions et le bon fonctionnement de la chambre d’inhalation).

Et comme dit plus haut, pour améliorer la visibilité et la communication sur son allergie nous avons personnalisé ses trousses d’urgence (réalisées maison à moindre coût, je vous met le lien ici).

Désensibilisation arachide

Nous en avions discuté de la possibilité d’une désensibilisation avec notre allergologue lors du diagnostic d’allergie à l’arachide de Jade. Elle nous avait alors recommandé de refaire un point à ses 5 ans avant de prendre une telle décision. Car la procédure est simple. Après un traitement (immunothérapie) orale, il s’agit de faire ingérer des quantités croissantes de cacahuète, sous supervision médicale, pour vérifier l’amélioration de la tolérance. Cette procédure est donc à risque de réactions allergique. A savoir que l’allergie à l’arachide touche 2% des enfants et 1% des adultes en France et que contrairement à la plupart des allergies alimentaires, celle-ci dure toute la vie dans 80 à 85% des cas. Lors de cette désensibilisation, l’objectif n’est pas de pouvoir à nouveau manger normalement des cacahuètes, mais surtout d’y être suffisamment tolérant en cas d’exposition accidentelle.

Je vous laisse lire cet article du 24 avril 2019 qui résume une analyse canadienne de 12 études sur le sujet. Les résultats sont hétérogènes, le risque de réaction allergique non négligeable et le traitement controversé.

Je vous souhaite une bonne lecture,

 

N’hésitez pas à m’indiquer si vous avez des articles, des livres ou encore des expériences à partager sur l’allergie et sa gestion au quotidien. 

Belle journée,

Marine

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